école de Dressage de Michel et Catherine Henriquet

« ENDOTAPPING » : RELAXER LE MENTAL DU CHEVAL PAR EN AMELIORER LA LOCOMOTION.

Stage avec J.-Ph. Giacomini chez Catherine et Michel Henriquet les 1 et 2 mars 2014
Jean Philippe Giacomini a fait partie de ces jeunes cavaliers qui défilèrent dans mon manège à partir de 1965. C’était quelques années après ma découverte de l’existence et du talent du Maître Nuno Oliveira et beaucoup parmi eux cherchaient une voie entre le néant qui frappait l’équitation française et la lourdeur de celle d’Outre Rhin.
Jean Philippe Giacomini se distinguait par une vive curiosité, une intelligence et une ambition certaine. Je le dirigeai vers le Maître au Portugal où il passa quelques années, et après un séjour en Angleterre, il s’installa définitivement aux USA.
 
 
Je ne le perdis jamais de vue et voici deux ans, il m’entretint régulièrement du fruit des recherches qu’il poursuivait dans son établissement équestre de Lexington au Kentucky. Il demeurait imprégné de l’idéal philosophique de l’Ecole Classique Française restaurée par Nuno Oliveira mais aussi de l’observation des éléments comportementaux qui la caractérise depuis La Guérinière. Il a eu la révélation de cette « méthode » de cette méthode lorsqu’ayant désanglé son cheval, il lui tapotait machinalement le ventre et observa une réaction qui cessait lorsqu’il interrompait l’action : le tapotement, et reprenait lorsqu’il la renouvelait.
Il étendit ses investigations à tout le corps du cheval, d’abord avec ses mains et un stick de dressage sans jamais que ces contacts physiques ne soient interprétés par le cheval comme un signe d’agressivité Afin d’étendre son champ d’action sans se déplacer par rapport au cheval et en augmenter l’impact et la cadence, il fixa au bout de son stick une boule de caoutchouc mousse plus petite qu’une balle de golf, qui devint son moyen d’intervention essentiel : l'endostick.
 
 
A la différence du travail à pied classique, qui laisse à l’écuyer la disposition de ses mains sur chaque rêne et permet le maintien de la rectitude, dans l’Endotapping il doit garder la liberté de sa main droite qui tient le stick, et ne peut donc tenir le cheval que sur la longe reliée à sa bouche par une alliance de rêne.
Il part de l’arrêt et ne débute les tapotements que lorsque le cheval est calme et en équilibre. Il attend d’être bien compris, c'est-à-dire d’obtenir la réaction attendue. Exemple : tapotements répétés sur le dos donne extension basse de l’encolure.
Jean Philippe maitrise de façon impressionnante la cadence du frappé et sa fréquence ainsi que l’endroit qui peut aller de l’encolure, d’un côté ou d’un autre du dos, jusqu’à un membre antérieur ou postérieur. Elle détermine la cadence de l’allure. On peut penser qu’une carte comportant la silhouette du cheval et les points à toucher ainsi que les réflexes prévus en fonction de chaque phase de l’allure, serait une aide précieuse.
 
 
Il offre toujours des solutions au cheval, solutions qui comportent en elles leurs récompenses intrinsèques : relaxation, élongations, meilleur équilibre et confiance.
Dans le mouvement en avant apparaissent des asymétries qu’il appelle asymétrie dynamique, dans lesquelles, par exemple, un diagonal se retient plus que l’autre. Certains muscles travaillent trop, créant de véritable spasmes ou d’autre insuffisamment sans que les moyens équestres connus n’aient d’effets réels. C’est là que la petite boule au bout du stick va toucher avec justesse et activer la biomécanique de l’allure.
Jean Philippe prend le cheval point par point et agit sur la locomotion en modifiant chaque phase de la foulée par des rythmes spécifiques et en retournant a la relaxation profonde des que cela apparait nécessaire. C’est un travail léger aux effets profonds qui semble agir autant sur le physique que sur le mental de l’animal. Il devient de plus en plus calme, relaxé et serein dans son attitude générale.
 
 
L’endotapping est la découverte de la séquence qui définit chaque réaction du cheval par un stimulus non douloureux. On assiste à de petites résistances temporaires jusqu’à une phase d’habituation et finalement à l’augmentation tranquille du mouvement.
Jean Philippe se préoccupe de redresser le cheval dans sa position et dans son mouvement en avant par une avance constante et régulière des antérieurs. Il travaille sur leur activité qui détermine la diagonalisation des postérieurs, la locomotion étant organisée neurologiquement par les antérieurs.
 
 
En deux ou trois séances, l’Endotapping développe progressivement le mouvement, nous l’avons vu. Jean Philippe Giacomini nous affirme que, comme avec les assouplissements classiques, les résultats sont durables.
Les qualités habituellement recherchées dans le dressage : calme, en avant, droit et léger, deviennent évidentes.
  • Calme : relaxation profonde même dans les mouvements les plus actifs.
  • En avant : la longe sollicite l’avancée constante du menton et l’activité diagonale.
  • Droit : il corrige les asymétries de la locomotion et de l’équilibre des diagonaux quand le cheval s’en sert pour se retenir.
  • Léger : corrige les appuis au sol trop prolongés lorsque le cheval s’en sert pour résister
 
 
Nous avons constaté une amélioration évidente sur nos trois chevaux que nous avons travaillés pendant trois jours. Il est évident qu’un exercice sérieux de l’Endotapping nécessite d’abord un minimum d’apprentissage du travail à pied classique et ensuite une familiarisation sérieuse avec la localisation des endroits impactés, des différents rythmes utilises et de leur fréquence, techniques qui ne s’apprennent pas en trois jours.
En dehors de deux chevaux de participants totalement déchainés en longe par manque d’éducation élémentaire et qui se sont calmé ensuite, ce stage qui a vu passer huit chevaux devant une trentaine de spectateurs n’a donné lieu à aucune correction, ni violence et chacun des participants a manifesté sa conviction. Il faut aller plus loin.
Michel Henriquet, mars 2014
 
 

Michel Henriquet présentant Jean-Philippe Giacomini aux stagiaires.

 

Jean-Philippe Giacomini nous présentant son travail sur Carola.

 
Nous remercions également Jean-Philippe Léon qui a organisé ce stage.
Vous pouvez vous adresser à lui pour toutes demandes de stage avec Jean-Philippe Giacomini en France, ou pour vous procurer des vidéos du stage précédent ou du matériel d’Endotapping. 
 

Lettre de remerciements
de Jean-Philippe Giacomini à Michel Henriquet

Je tiens d’abord à dire à Michel et Catherine Henriquet à quel point leur hospitalité, leur support et les commentaires qu’ils m’ont adressés m’ont combles, tant d’un point de vue professionnel que personnel. Michel fait partie des très rares écuyers qui peuvent donner à un travail de recherche équestre une perspective historique sérieuse dans le continuum de l’équitation, car il peut l’examiner avec l’autorité incontestable que lui donne une culture équestre de premier plan jointe à une expérience pratique considérable.
Je n’hésite pas à dire que leur aval est un grand honneur pour moi. Cependant, bien plus qu’un plébiscite personnel, la valeur de cet aval réside dans le fait qu’il aidera puissamment mes idées à faire leur chemin et servira, j’espère, au progrès de la tâche qui me passionne. Mon but est l’éducation des cavaliers respectueux de leur partenaires, ceux qui sont vraiment intéresses à produire des chevaux légers, heureux et confortables et ont simplement besoin des meilleurs moyens possibles pour y arriver, sans idées préconçues et sans esprit de chapelle. Après tout, Nuno Oliveira répétait souvent que la seule vraie raison pour justifier tout le travail que nous faisons, c’est l’amour pur du cheval. Je crois que cet amour doit se traduire par des progrès techniques qui aident le cheval physiquement et émotionnellement d’une façon durable, ce qui est la vraie récompense de ses efforts. Les effusions sentimentales, bien que généreuses envers le cheval, ne saurait contrebalancer les dégâts fréquents d’une équitation pratiquée hors d’un équilibre et d’une impulsion relaxés. Nous savons bien que l’enfer des chevaux est parfois pavé des bonnes intentions de gentils cavaliers qui manquent simplement de techniques efficaces.
Je prends cette occasion pour écrire quelques vérités qui méritent d’être répétées à propos de l’importance de la carrière de Michel Henriquet. Souvenons-nous d’abord que sans ses efforts inlassables, la renommée européenne de Maitre Nuno Oliveira n’aurait pas eu la même étendue, et le développement du Lusitanien n’aurait pas eu non plus la mesure que nous avons pu voir en France et ailleurs. L’impact de son exemple, surtout à la lumière de l’expérience olympique de Catherine, ainsi que l’influence de ses nombreux articles de fond dans la presse française, ne doit pas être sous-estimée : tant comme cavaliers, que comme éleveurs, nous sommes tous dans sa dette, sans aucun doute.
Il est surtout l’auteur de deux livres, entre autres, qui marqueront très certainement la littérature équestre de notre temps. L’un est « Gymnase et Dressage », qui retrace de manière pratique et philosophique le cheminement du long parcours amenant le poulain vers tous les airs de la haute équitation. L’autre est « Les Maîtres Français de l’Art Équestre », une œuvre considérable d’érudition et d’exégèse qui nous ramène, par les questions qu’il pose avec lucidité, à une vue beaucoup plus réaliste des contributions de nos auteurs de référence.
Il sera dit un jour par les analystes honnêtes de notre histoire équestre que l’œuvre de Michel Henriquet n’a rien à envier à celle, d’une importance considérable, du General Decarpentry. Au risque d’être vu comme un iconoclaste, ce qui n’est nullement mon intention, je tiens à être le premier à le dire, car nous méritons tous d’être reconnu de notre vivant pour nos contributions à l’art qui nous passionne, surtout quand elles ont l’importance de celles de Michel Henriquet.
Homme généreux, ombrageux, assidu dans ses recherches, honnête jusqu’au bout de ses idées, exigeant, voire intransigeant avec ses élèves comme avec lui-même, curieux infatigable qui, après avoir tout appris de la sagesse des anciens, cherche encore des idées nouvelles chez les jeunes générations plus de 70 ans après avoir commencé sa quête équestre. Michel Henriquet a été un écuyer très efficace, à la fois disciple et promoteur fondamental du Maître Nuno Oliveira, défenseur infatigable autant de l’équitation juste que du bien-être du cheval, vulgarisateur sans égal de la tradition équestre française. Il a su par ses dressages et son professorat quotidien raviver le lien entre la tradition classique et la compétition moderne avec un succès indiscutable, tout en étant le premier avec Catherine à donner une place d’honneur au cheval ibérique dans l’arène olympique.
Michel a été mon inspiration quand j’avais 15 ans. Celle-ci m’a conduit chez Maitre Oliveira et a défini tous mes efforts depuis. Le but de chaque écuyer sérieux doit être de bien comprendre la contribution du passé et d’ajouter une pierre, aussi modeste soit-elle, à l’édifice. Ce que je fais aujourd’hui dans mes dressages est le fruit d’une longue recherche qui a commencée à Bailly et est passée par beaucoup de détours, certains utiles, d’autres moins. Je crois avoir aujourd’hui l’embryon d’une méthodologie qui aidera beaucoup de chevaux à être plus confortables dans leur travail et de cavaliers à atteindre des buts souhaitables, quels que soit la spécialité qu’ils choisissent. Je suis heureux que Michel et Catherine Henriquet m’aient donné l’opportunité de partager l’état actuel de mon travail avec eux et les enthousiastes français de l'équitation juste.
Jean Philippe Giacomini, Avril 2014