école de Dressage de Michel et Catherine Henriquet

école de Dressage de Michel et Catherine Henriquet

La mise en main


C'est l'action de l'assiette qui provoque
la décontraction de la nuque et la cession
de la mâchoire.

La mise en main n'est pas le rassembler, mais elle le précède et en est le passage obligé. Elle est l'objectif de toutes les disciplines équestres puisqu'elle représente — avec la mise à l'assiette — l'essentiel de la communication entre le cavalier et son cheval.

L'expression "mise en main" représente encore un de ces à-peu-près sémantiques dont sont coutumiers les auteurs équestres, et qui ajoutent à l'obscurité de leur langage. Pour être significative, cette formule devrait être associée à celle de "mise à l'assiette" : il faudrait évoquer cette réaction que l'on obtient du cheval, sollicité par l'assiette, que recueillent les doigts afin de provoquer la décontraction de la nuque et la cession de la mâchoire. Il n'est pas inutile de repréciser ici que l'action de l'assiette résulte de la tension du dos (muscles lombaires) du cavalier, transmise par le dos du cheval à son ensemble. Il faut tenir compte du fait que les jeunes chevaux n'acceptent jamais spontanément le mors, corps étranger dans leur bouche, et qu'il faut parfois plusieurs années à une main experte aux doigts légers pour établir un contact satisfaisant.

Le jeune cheval


Tournez et pliez l'encolure
en abaissant la main intérieureverticalement.

Jamais au début un jeune cheval ne tire spontanément. Stressé par ce fer dans sa bouche, il en refuse parfois le contact en se mettant "derrièrele mors" ou tente de le fuir sans comprendre la traction que son cavalier exerce sur sa bouchepour le reprendre. Le dénominateur commun à ces situations est, dans 80 % des cas, le renversement de l'encolure avec creusement du dos. Il faut éviter à tout prix de créer la révulsion de la nuque en bannissant toutes les atteintes volontaires et involontaires à la bouchepar des mains dures et hautes, qui se traduisent immanquablement par la contraction de la nuque et de la bouche. Agissez systématiquement avec vos mains basses, de haut en bas, jusqu'à les descendre au niveaude vos genoux. Ne tirez jamais vers vous : tournez et pliez l'encolure en abaissant la main intérieure verticalement. N'hésitez pas à vous mettre en suspension après avoir raccourci vos rênes et dégagé son dos. Mobilisez vos doigts pour ne pas lui offrir un point d'appui dur. Au fil desmois, vous pourrez vous rasseoir en gardant vos mains basses de plus en plus longtemps, quitte à reprendre la position en suspension dès que le cheval se prépare à renverser la nuque. Tôt ou tard, il s'aperçoit que son confort est plus grand avec son dos remontéet son système tête-encolure ramené. Certains chevaux tentent, alors de se mettre "en dessousde la main". La main extérieure, étant plus soutenue, il suffira d'une vibration du poignet extérieur de bas en haut pour le remettre en place.

Le cheval de cinq ans


Au fur et à mesure de l'amélioration de la mise en main
sur des rênes en demi-tension, le cavalier peut se rasseoir.

Au deuxième stade de la préparation à l'équilibre, le perfectionnement de la mise en main vers la souplesse, la légèreté et la fixité d'encolure passe par les mobilisations latérales : fractions de diagonales en épaule en dedans, cessions à la jambe, épaule et contre-épaule en dedans, appuyers.

Il faut donc ajouter à la préparation que nous venons d'étudier l'exécution progressive de ces exercices, d'abord au pas puis au trot et, lorsqu'ils sont compris, au galop. Il est en effet inutile d'aborder les exercices gymniques avant que les chevaux se maintiennent en main de bonne grâce. Une bonne préparation rendra les choses plus faciles. Chaque fois que le cheval relève la tête en se creusant, redescendre la main à la verticale au niveau du genou en se mettant, s'il le faut, en suspension. Combiner cela avec les exercices du cercle au pas et de deux pistes. Dès qu'il est placé, reprendre la position classique et cela autant de fois que nécessaire.

Le cheval dressé


Trot rassemblé.
Il est désormais possible de prendre
la position de mains et d'assiette classique.

La perfection de la mise en main s'acquiert grâce à tous les exercices latéraux.

C'est par la préparation à tous les airs d'école (passage piaffer, galop ralenti et pirouette au galop) que l'on atteindra le sommet de la mise en main. Le stade ultime de l'excellence est celui du rassembler dans tous les airs de la haute équitation. Nous étudierons cette étape de la haute école dans un prochain article.

Attention aux rênes allemandes

L'utilisation des rênes allemandes répond aux mêmes nécessités que la méthode des mains basses : rendre le cheval gouvernable en ramenant sa tête à la disposition de la mise en main. Mais ici, c'est de gré ou de force que le cheval doit se soumettre... Les effets pervers et les conséquences négatives de ce type d'enrênement sont considérables. Certes la nuque cède, mais c'est par l'effet démultiplicateur de la rêne coulissante. Le cheval cessera de relever la tête pour s'encapuchonner en pesant lourdement vers le bas. Pour présenter son cheval, l'utilisateur devra tirer sur ses rênes de bas en haut, les mains en l'air, et ne sortira plus de la traction permanente. Là est la raison de ces mains très hautes avec lesquelles de nombreux cavaliers de dressage portent le devant de leur cheval au bout des bras pour ne pas l'avoir en dessous de la main. Il est évident que dans ce faux équilibre et cette contrainte permanente, la légèreté ne sera qu'un rêve...

Michel Henriquet