école de Dressage de Michel et Catherine Henriquet

équitation et Art équestre.

L'Art équestre se distingue de la pratique courante en ce qu'il enseigne davantage qu'il ne routine, qu'il suscite et indique plus qu'il ne contraint.

Il s'apparente à la musique et à la danse. Comme elles, il s'accomplit sans laisser subsister d'autres traces que celles d'un sentiment, d'une vision. Il disparaît en se réalisant.


Tableau de Vélasquez exposé au Musée du Prado,
à Madrid. (Doc. coll. M. Henriquet)

Ce jeu à deux acteurs qui fusionnent jusqu'à n'être plus qu'un, n'est admirable que par le dépouillement des moyens, la discrétion des touches utili-sées, la subtilité des nuances qui con-duisent à l'harmonie gestuelle d'une danse classique. La présentation du ballet équestre est une tragédie chaque fois revécue en ce qu'elle doit exprimer des sentiments partagés par le couple qui communique par contacts infiniment ténus... C'est de là qu'il peut tirer sa grandeur, c'est à défaut de cela qu'il s'anéantit.

Jusqu'au XIVème siècle, le cheval n'avait été utilisé que comme un instrument au service de l'homme ; au XVème siècle, l'équitation créera une nouvelle forme d'expression.

L'incarnation du mythe du Centaure réapparaît au début du XVIème siècle au royaume de Naples avec les seigneurs espagnols de la suite de Ferdinand d'Aragon qui offrent aux écuyers napolitains l'éblouissante vision d'une équitation dont la beauté égalait l'efficacité. La subtilité de quelques hommes conjuguée à l'adresse du cheval d'Espagne révéla les débuts de l'art équestre. C'est encore en Italie, sous la protection des grands ducs de Toscane que sera exploré le domaine de l'équitation formelle.

Les académies napolitaines et florentines influençaient leurs voisines, particulièrement la France. Bénéficiant de vastes ressources, les académies de ces états atteindront leur plein épanouissement et deviendront une des expressions de la monarchie classique.

L'art nouveau ne cessera de se perfectionner. Forgé dans la guerre, dans les jeux de la vie et de la mort, une technologie s'élaborera dont l'apogée sera atteinte au XVIIIème siècle au manège royal de Versailles. Là, dépouillé des exigences du combat, il put s'orienter vers une finalité purement artistique dans laquelle l'écuyer s'efforça par son intelligence et son adresse, de styliser et de sublimer les airs naturels de l'étalon triomphant

 

Un Centaure non pour le combat, mais pour l'Art.

Une pratique aisée composée de tact, d'expérience et de savoir acquis est le fondement de l'art équestre. Nul ne peut être bon homme de cheval s'il ne connaît l'usage des aides et ne sait mettre à profit les moyens de son cheval. Il ne peut se placer convenablement s'il n'a appris les règles qui déterminent la position. Il faut que l'esprit les conçoive en même temps que le corps s'y accoutume. La théorie et la pratique s'assistent mutuellement. Le dressage d'un cheval consiste, par une méthodologie gymnastique précise, à mettre l'animal dans diverses positions qui le conduisent à agir et à produire les allures et les airs.

Il est nécessaire que le cavalier sache et comprenne que parmi tous les exercices du corps, l'équitation est celui qui met l'homme à l'épreuve la plus complexe, en cela que d'une part il travaille sur une base vivante parfois imprévisible et que, par ailleurs, les réflexes naturels de l'homme à cheval sont à l'opposé de ce qu'ils devraient être. Le jet et le rattrapage de la balle, le coup de poing et sa parade, le brassage de l'eau par bras et jambes sont tous des gestes spontanés qu'il suffit de travailler pour les développer au mieux et les rendre performants.

à cheval, l'homme posé sur cette chose mouvante et incertaine est incontestablement - et plus longtemps qu'on ne croit - frappé d'une certaine inhibition qui perturbe sa coordination motrice. Pire encore, ses réflexes naturels vont rigoureusement à l'encontre de l'effort recherché. Le jeune cheval frémit de crainte, l'assiette et les jambes de l'homme qui partagent cette anxiété se ferment créant alors la panique... Le jeune cheval sollicité se porte en avant avec vivacité, la main se crispe sur la bouche qui tentera de se dégager par tous les moyens, le premier étant la fuite... C'est à une rééducation de ses réflexes de conservation les plus élémentaires que le candidat écuyer devra procéder s'il veut atteindre la vraie finesse.

Le premier élément de la technique équestre est la capacité de se maintenir dans une position dynamique épousant toutes les modifications de l'équilibre juste du cheval. Le corps de l'écuyer doit constamment le partager ou ne s'en dissocier délicatement que s'il recherche, par variation de l'équilibre, à transformer l'allure, l'air ou la cadence. Ces principes forment une base qui s'étend à toutes les disciplines de l'équitation.


L'art des grandes écoles d'équitation peut être de
respecter l'emploi d'assouplissements rationnels,
dans lesquels se fondent les défenses éventuelles.
Puis c'est au sentiment de l'écuyer de s'exprimer. (Ph. F. Chéhu)

 

De la gymnastique à la Haute école.

La technique du cheval réside dans la création par association contiguë de réflexes et d'habitudes. A partir de ce code, il est possible d'indiquer, sans force, les départs, les arrêts, les changements de direction et les reculers. Les premiers contacts peuvent être établis à pied. La voix, les touchers de la gaule ou de la main, les indications douces des rênes, les caresses et les friandises créent un réseau de communication en dehors de la contrainte et de l'affolement. Le conditionnement mental du cheval ne doit pas aller au-delà, faute de quoi on s'éloigne de l'équitation vraie qui est fort peu dressage et beaucoup gymnastique.

Les enchaînements d'exercices permettent d'amener progressivement le cheval aux nuances les plus subtiles. Il s'agit toujours de travailler les parties actives, de les fortifier et de les assouplir pour accéder à l'efficacité maximale dans l'harmonie, et cela, dans le but de préparer des chevaux pour le sport, ou dans celui d'améliorer des chevaux faibles ou défavorablement constitués.

La haute équitation ne serait qu'un sport ou un savoir-faire si elle ne résultait que de l'application de techniques éprouvées. Elle est un art par le talent, le sentiment et le goût dans l'élaboration, qu'elle exige de l'écuyer, par la beauté du spectacle équestre.

L'évolution éblouissante de l'école de Versailles était due davantage à la valeur exemplaire des artistes qu'à l'élaboration d'une méthodologie définitive. Il suffit, pour s'en convaincre, de constater la décadence qui s'amorça ensuite malgré le développement ininterrompu des moyens scientifiques du XIXème siècle à nos jours...

La finalité qui justifie l'équitation supérieure et la rend indispensable, réside dans les moyens qu'elle donne à l'écuyer de résoudre la totalité des problèmes sur lesquels butent les cavaliers. Les défenses sérieuses se forgent dans la lutte, elles fondent dans les assouplissements rationnels.

Si le combat singulier n'éclaire plus l'étude de l'équitation académique, au-delà de la compétition, de vastes perspectives subsistent pour elle, de la création artistique pure, au rétablissement de l'équilibre moral et physique de tous les chevaux.