école de Dressage de Michel et Catherine Henriquet

école de Dressage de Michel et Catherine Henriquet

La rétivité

La rétivité est l'état moral d'un cheval qui réagit agressivement au poids et aux aides du cavalier.

Nous avons vu que l'acculement était une manifestation, plutôt passive, de l'incompréhension du cheval à des aides propulsives mal accordées: prédominance de la main, voire opposition involon­taire à l'action des jambes ou de l'assiette. Repris dès son début par un bon cavalier, l'acculement peut disparaître. La rétivité, quant à elle, est une réaction volontaire et agressive du cheval en réponse aux actions du cavalier.

Acculement et lançades.

L'éventail de ses défenses est étendu. Cela va de l'immobilité renforcée par l'action des aides, du reculer précipité pour s'y soustraire, aux dérobades violentes, aux croupades et à la pire d'entre elles : le cabrer. Cela débute parfois par un blocage net à l'action de la jambe ou de l'éperon, lorsque le cheval est sollicité pour s'incurver sur une simple volte. Il refuse la flexion en jetant son encolure à l'opposé et en prenant un point d'appui sur l'avant ou l'arrière-main.

Si rien n'est fait par un cavalier solide et expérimenté, l'animal parviendra à se soustraire à toute domination et à mettre en danger l'intégrité physique de celui qui le monte.

Nous avons vu en évoquant l'acculement, que certains groupes de chevaux avaient cette ten­dance plus prononcée que d'autres. Les demi-sang issus des anciennes races de sang froid : anciens chevaux de trait croisés avec des pur-sang anglais, eux-mêmes un peu névrosés, ont produit souvent des sujets difficiles.

Lorsqu'on a vérifié que le cheval ne souffre d'aucune faiblesse ou lésion organique et qu'un examen de son passé et des avaries qu'il a pu subir laisse espérer qu'une rééducation habile et un entraînement adéquat peuvent conduire à la guérison, on établit un programme de 'lave. Il faut dire nettement que le traitement d'un cheval rétif n'est pas dans les moyens d'un cavalier quelconque et même de très peu de moniteurs que rien dans leur formation n'a préposés à surmonter cette catégorie de problèmes. Je précise enfin que lorsque cette tendance s'est manifestée, même après le redressage, toute erreur semblable à celle qui l'a amenée conduira à la reproduire encore. C'est-à-dire que le cheval de cette sorte, une fois rétabli, ne sera jamais à remettre entre toutes les mains. Le traitement du cheval doit être très progressif, il est exclu de pousser d'emblée l'animal rétif monté dans les allures vives, puisqu'à la première stimulation des jambes, de la cravache ou de l'éperon, il s'arrêtera net ou se défendra sur place.

Les solutions :

On le conduit au manège, longe sur le caveçon et on le tourne sans cavalier à chaque main, éventuellement assisté d'un aide qui se place au niveau de la hanche intérieure du cheval et coordonne sa chambrière avec le longeur. On doit libéralement distribuer des récompenses à chaque signe de bonne volonté.

Lorsqu'il va facilement aux trois allures à chaque main, on le fait monter par un aide, toujours en longe, que l'on assiste de la même façon.

On supprime ensuite longe et caveçon et l'on monte soi-même le che­val en se faisant encore assister par l'aide si né­cessaire.

Si le cheval n'oppose plus de résistance, on l'em­mène en main de plus en plus loin de son écurie où l'on revient en alternant trot et galop jusqu'au jour où avant de regagner son box, on fait un détour.

Le cabrer.

La plus dangereuse des rétivités est le cabrer avec risque de renversement. Le cheval se campe sur ses postérieurs écartés avant de s'enlever plus ou moins verticalement.

 

La solution :

Les assouplissements à pied s'imposent d'abord. Avec caveçon et filet, on fléchit l'encolure, puis on effectue des rotations des hanches autour des épaules à chaque main, en faisant céder par tapotements de la cravache derrière la sangle. Ensuite, on effectuera la même cession montée en opposant latéralement la tête aux hanches : on écarte largement la rêne intérieure pour déstabiliser l'avant-main tout en chassant les hanches vers l'extérieur. A la première ou seconde ro­tation, sans cesser une vigoureuse pulsion latérale jambe-cravache, la main doit céder pour laisser le cheval se poser en avant. Je n'ai échoué qu'une fois avec le cheval auquel ce système avait été appliqué, mais sans la cession de la main. Il ne répondait pas à ma cession et tourbillonnait autour de ma jambe sans aller en avant.

Un très mauvais souvenir

C'est en Hollande que j'avais acheté ce superbe holstein de 5 ans, confirmé comme étalon. Je l'avais essayé pendant deux jours chez l'éleveur et j'achetai ce cheval réactif et souple. Le hasard voulut que le jour de son arrivée, j'eusse chez moi Nuno de Oliveira, son fils Joao, Alexis Gruss senior et son fils Lucien. Ravi de leur montrer mon acquisition, je l'amenai au manège, le longeai et le montai.

A mon premier frémissement de jambes, il se figea, pour se tétaniser à la petite attaque qui suivit. Cravache, éperons, chambrière ne lui arrachèrent pas un mouvement. Amené en main en extérieur, il s'immobilisa de la même façon.

En longe et en main, monté, il marchait normalement. Catastrophé, je me tournai vers le maître qui me dit: "Tu sais ce qu'il faut faire, reprends tout à pied, non monté d'abord, puis quelque temps après, monté par un aide. J'ai connu ce cas quatre fois, j'ai réussi une fois sur deux."

Ce fut le travail à pied le plus poussé que j'aie jamais conduit. Toute la gamme des exercices y passa: arrêts, reculer, épaule en dedans, appuyer, pirouette et piaffer. Au bout de trois mois, je plaçai Catherine sur le cheval avec ordre de rester neutre, sans mains, ni jambes et je repris à pied, Catherine dessus, tous les exercices.

Progressivement, je lui demandai de passer à l'action en substituant ses aides montées à mes aides à pied. Le cinquième mois, je puis remplacer mon aide monté. Le cheval était dorénavant utilisable, en dehors, bien sûr, des exigences de la compétition.

Comment avait-il été possible qu'un cheval parfait aux essais se révélât ensuite totalement rétif ? Vraisemblablement par l'administration d'anxiolytiques. L'acculement, conséquence du stress provoqué par des brutalités, cédait sous l'influence d'antidépresseurs pour réapparaître ensuite.

Michel Henriquet