école de Dressage de Michel et Catherine Henriquet

Aucun cavalier de dressage ne représentera la France aux Jeux équestres mondiaux de Lexington... Les difficultés que rencontre la Fédération française d'équitation (FFE) pour constituer une équipe de dressage en vue des épreuves internationales attirent l'attention sur les faiblesses certaines de cette noble discipline dans notre pays qui en fut le berceau.

La compétition a débuté en 1912 aux J.O. de Stockholm. L'objectif de la FFE est de sélectionner une équipe capable de se classer dans les huit premières mondiales, c'est-à-dire de dégager parmi les 15 000 pratiquants français du dressage, quatre cavaliers répondant aux critères fixés par la FEI (Fédération équestre internationale). C'est ainsi qu'après avoir été sixième aux J.O. de Hong-Kong, la France sera absente des Jeux équestres mondiaux 2010. Bien que cinq couples cavalier - cheval aient obtenu le score de 64 % imposé par la FEI dans les conditions prévues pour la qualification, le seul couple répondant aux exigences de la FFE, soit quatre résultats à plus de 67 %, n'a pas été retenu pour des raisons de santé. Pour les J.O. de Londres en 2012, les qualifications commenceront en mars 2011. Il faudra se qualifier par le cla-sement mondial, ce qui impose de tourner à 67 % et plus.

L'Allemagne peut aligner 260 couples confirmés au Grand Prix alors que nous n'en comptons qu'une cinquantaine dont 25 tournent en CDI avec des performances modestes. Des nations comme la Hollande, la Suède, le Danemark, l'Angleterre, les Etats-Unis n'ont aucune difficulté à être représentées dans les grandes rencontres internationales. Toutes disposent de professionnels assurant une relève compétitive. Il faut savoir que des villes comme Strasbourg, Lyon, Marseille, Bordeaux ou Toulouse ne comptent actuellement aucun junior ou jeune cavalier compétitif. De nombreuses régions ne possèdent même pas un établissement doté de structures labellisées "dressage de compétition". La capacité d'encadrement est insuffisante tant par le nombre, la compétence que la couverture géographique. Certaines des causes de cette situation sont anciennes, la France dont les dix-sept Académies royales d'équitation avaient été dissoutes par la Révolution en 1793, n'en a reconstitué aucune. Notre école de Saumur, essentiellement militaire, n'a jamais été un conservatoire de l'art équestre. Rien de semblable dans le reste de l'Europe où la tradition fut maintenue dans les grandes écoles jusqu'au XXème siècle. Notre élevage, brillant pendant des décennies avec le cheval d'obstacle, a ignoré la production d'un cheval de dressage. La génétique germanique et hollandaise produit aujourd'hui des animaux exceptionnels par leur force, leurs allures et leur aptitude au rassembler.

La faiblesse en ressources humaines fait qu'en dehors de quelques autodidactes, il est impossible de trouver en France des entraîneurs qualifiés. Cela s'ajoute à notre mentalité critique et sceptique qui limite la cohésion minimale, les échanges et l'ouverture sur l'étranger. C'est donc vers le Nord et l'Est de l'Europe que ceux qui en ont les moyens vont acquérir formations et chevaux. Aucun appui n'est apporté aux rares centres d'entraînement, que ce soit sous forme de communication ou de formation continue. Le dressage n'a cessé de souffrir d'étouffement par les disciplines plus soutenues du CSO et du CCE. L'aide technique de la FFE se limite d'une part, à l'intervention d'un entraîneur une dizaine de jours dans l'année pour la quinzaine de nos meilleurs couples français et d'autre part, à quelques bourses pour aller en stage à l'étranger. La compétence dynamique de l'entraîneur national, qui se dépense sans compter, suffit difficilement à combler le retard et l'isolement des cavaliers de dressage. Les deux organismes officiels en charge de notre sport sont essentiellement la FFE et pour une moindre part, l'Institut français du cheval et de l'équi tation à Saumur. La FFE coordonne l'activité des centres équestres, sélectionne les cavaliers en compétition, forme les juges, délivre licences et brevets, organise les règlements des concours en liaison avec la FEI et aide financièrement, en remplacement d'un Etat qui se désengage. Malheureusement, la synergie qui devrait exister avec l'Institut est inexistante. L'Institut, ex ENE, est, ou plutôt devrait être, le bras armé de la FFE, et il n'en est rien. C'est pourtant un établissement unique en Europe par la qualité de ses vastes installations, ses équipements, ses nombreux personnels et chevaux. Sa mission de formation et de démonstration est supposée être assurée par les quarante écuyers du Cadre Noir. Il est difficile d'y croire lorsque l'on découvre le faible niveau de l'encadrement de l'équitation française et l'absence en compétition nationale et internationale de ceux qui furent "les dieux du Manège". L'administration de l'Ecole est assurée sans faille par ses directeurs successifs ; quant à la culture et à la technicité équestre, elle reposait sur la haute compétence des Ecuyers en chef dispensateurs du savoir. Ils étaient aussi parfois de grands cavaliers de sport. L'Ecuyer en chef est à la tête d'un ensemble. Il doit démontrer, transmettre et harmoniser le jeu de ses exécutants jusqu'à ces prouesses éphémères que sont le solo du centaure et le ballet équestre. Aujourd'hui où le sport de haut niveau est bien représenté par le secteur privé, il reste à l'Ecole à retrouver et assumer ce tronc commun de toutes les équitations qu'est le dressage en phase avec les élites. Sans la présence à la tête des écuyers d'un maître aux talents reconnus, français s'il existe, étranger si nécessaire, la déshérence de ce patrimoine ira jusqu'à l'extinction.