école de Dressage de Michel et Catherine Henriquet

Lorsque le colonel Carde, ancien écuyer en chef du Cadre Noir, ainsi que Jean d'Orgeix me demandèrent de me joindre à eux pour créer une association en faveur de la légèreté, je pensai à une blague. Pourquoi pas une association pour la gentillesse ou l'honnêteté ? « Rendez le mors doux par la légèreté de votre main », écrit Xénophon 2 400 ans avant J. -C. « Il faut qu'il demeure léger à la main », La Guérinière (1731). « La légèreté est la marque de l'équitation supérieure », Nuno Oliveira (1965). Je finis par admettre que si je trouvais autour de moi nombre de personnes gentilles et honnêtes, j'en trouvais fort peu qui, à cheval, exprimaient une évidente légèreté. Je trouvais que l'idée de mes amis méritait un lancement ou plutôt une relance après 2400 ans...

Jean d'Orgeix, le cavalier d'obstacle aux 288 victoires nationales et internationales gagnées dans la légèreté, l'entraîneur à la médaille d'or des J.O. de Montréal, etc., et Christian Carde, ex-entraîneur national de dressage et juge international, s'engageaient donc pour la fondation d' « Allège idéal » en 2001. Les buts officiels sont :

1) Promouvoir la légèreté dans la pratique équestre en France et à l'étranger.

2) Défendre la légèreté auprès des institutions officielles.

3) Rappeler aux jurys de compétition l'existence du merveilleux article 401 du règlement de la Fédération équestre internationale, véritable ode à l'équitation où « l'harmonie, la légèreté et l'aisance » les disputent à « la décontraction totale » où le cheval « manifeste une soumission avec un léger et moelleux constat de la bride ». La déshérence à laquelle est tombée patrimoine culturelle équestre justifie ce cri d'alerte. Les exploiter de quelques cavaliers isolés et le talent d'une équipe de francs obstacles ne peuvent dissimuler l'immense détresse de formation équestre française et de son tronc commun le dressage. Récemment, l'entraîneur de l'équipe de France de CSO, Jean Maurice Bonneau, déclarait : « la base du travail (pour l'obstacle) est avant tout sur le plat. La légèreté est fondamentale. Si je monte cheval léger, en équilibre sur les hanches, c'est le bonheur. »

Si nous nous sommes réunis au sein d'une association pour la réhabilitation de la notion de légèreté, c'est que ce grand principe est de plus en plus bafoué. Avant que cette notion ne soit oubliée, nous avons cru bon, le colonel Carde, Jean d'Orgeix et moi-même, de constituer une structure qui concourrait à la redéfinir.

La légèreté est un état permanent d'équilibre, de souplesse et d'impulsion qui doit accompagner l'évolution du cheval. Il passe de l'attitude horizontale à l'équilibre supérieur caractérisé par la flexion des hanches et l'allégement du devant. Cette posture est le ressort d'impulsion qui caractérise aussi bien l'idéal du sauteur à l'abord de l'obstacle que du cheval de dressage aux airs relevés. La légèreté concerne donc l'ensemble du monde équestre. « Un cheval d'obstacle ne devrait apprendre sa discipline qu'une fois assoupli et léger, en un mot dressé », Bernard de Fombelle, champion de France et international d'obstacle. « La légèreté est fondamentale », Jean-Maurice Bonneau, entraîneur de l'équipe de France de CSO. « La légèreté est un contact équivalant au poids des rênes », Nuno Oliveira. Il est facile de célébrer les beautés et les bontés de la légèreté, il l'est moins d'en donner les voies d'accès. Nous avons déjà exposé dans ces pages l'évolution gymnastique du jeune cheval jusqu'à son aboutissement dans le respect des actions alternées des mains et des jambes. Nous avons préconisé l'extension naturelle de l'encolure à son relèvement par l'alternance du jeu des phalanges et des jambes, le tout dans les mouvements droits, circulaires et latéraux, facteurs de la mise en main légère.

Le constat matériel de la légèreté est facilement visualisable. Le cheval étant rassemblé au trot ou au galop, la main s'avancera d'un ou deux centimètres. Il devra conserver le maintien immuable de la flexion de sa nuque, mais aussi de toute sa ligne du dessus jusqu'aux hanches. La main, à peine détachée de la bouche, laissera apparaître cette demi-tension, véritable liberté contrôlée.