école de Dressage de Michel et Catherine Henriquet

école de Dressage de Michel et Catherine Henriquet

Rênes allemandes.

Elles sont apparues, discrètement ou plutôt sournoisement dans les années 1960, de l’autre coté du Rhin aux mains des cavaliers d’obstacle.

Les chevaux germaniques fins et prés du sang, les excellents trakehners avaient disparus décimés lors de la dernière guerre mondiale ; la remonte du sport allemand se faisait avec des chevaux lourds, forts mais inflexibles. L’effet de poulie de cet enrênement, démultiplicateur de la force des bras des cavaliers, les encouragea à imaginer qu’ils avaient résolu sans effort la mise en main de leurs chevaux.

Le développement de cette aide nouvelle, digne des mœurs de la famille Pierrafeu, gagna les cavaliers d’obstacle français pour contaminer ensuite les dresseurs les plus impotents.

Une personnalité du dressage français devant laquelle je déplorais que quatre vingt pour cent des cavaliers placent aujourd’hui leurs chevaux avec des rênes allemandes me repris en me disant non : quatre vingt dix huit pour cent !

Les conséquences imparables de cet expédient sont, au mieux, des chevaux encapuchonnés que leurs cavaliers redressent ensuite en relevant la main, ou pire, des rétivités de tous ordres. Leur action qui serait acceptable si elle s’exerçait de haut en bas, est fausse parce qu’elle agit d’avant en arrière. Elle induit, non pas la flexion de la nuque et de la mâchoire mais la tétanisation et l’enroulement, menton dans le poitrail, de toute l’encolure.

Utilisées pour retenir des emballements, elles fonctionnent jusqu’au moment où le cheval s’aperçoit qu’en plaquant sa tête contre la base de son encolure, il se soustrait à l’action de la main et retrouve la faculté de se jeter de coté, de se pointer ou de s’échapper.

On a vu ces dernières années le système poussé au paroxysme dans les mains de quelques grands du dressage : la fameuse hyperflexion appliquée à des malheureux animaux pourtant d’extraordinaire qualité. De violentes manifestations de désespoir de ces victimes ont ému les cavaliers humanistes et les vétérinaires qui ont diagnostiqué des cas d’arrachements des ligaments.

Les fautes habituelles qui conduisent à l’usage des rênes allemandes sont des mains trop hautes et agitées sur des chevaux jeunes et sensibles. Elles provoquent le renversement de l’encolure et corrélativement le creusement du rachis. On comptait sur cet expédient pour revenir au ramener correct, hélas, par cet effet de force irrésistible, ce ne sont pas la nuque et la mâchoire qui se fléchissent mais toute l’encolure qui bascule et s’enroule afin de se soustraire à la force qui les bloque.

L’attitude du cheval bien mis est la nuque fléchie, point le plus haut de l’encolure, le chanfrein légèrement devant la verticale. Cela n’est réalisable qu’après de fréquentes transitions dans les allures assorties des exercices classiques d’une et de deux pistes sans opposition de la main à la jambe mais dans leurs actions alternées.

Le spectacle de l’entraînement actuel des cavaliers de dressage montre une curieuse évolution : la décroissance de la pratique des exercices classiques des deux pistes au profit d’allures allongées et cadencées par un fort appui sur les rênes coulissantes d’abord puis les quatre rênes ensuite. Si le résultat est visible sur le renforcement du temps de projection des membres, on constate par contre une altération du passage et du piaffer de ces chevaux. Leur diagonalisation est spasmée et leur cadence soulignée autant par leurs mouvements de tête que leurs posés au sol.

Il faut voir dans ces dérives, tant l’excès de rênes allemandes et de compression main – jambes que la disparition des épreuves de l’incontournable trot d’école, clef de tous les rassemblés. Nous en reparlerons peut être.

Michel Henriquet, Mai 2008.