école de Dressage de Michel et Catherine Henriquet

Les Jeux Olympiques de Londres : le retour aux sources

On est habitué à entendre de la bouche de ceux qui ont vécu un passé lointain, vanter le passé pour mieux déplorer le présent. Pour nous observateur de la chose équestre depuis le milieu du siècle dernier, c’est avec un sentiment inverse et un bonheur total que nous venons de vivre ces Olympiades.

Elles révèlent d’abord l’évolution considérable dans les domaines de la précision, de la tonicité et des cadences. La position des cavaliers n’a cessé de s’améliorer, les aides de se faire plus discrètes et les chevaux plus respectueux de ce que beaucoup considéraient comme des détails : arrêts, reculés, passages des coins, rectitude.

La qualité des chevaux de dressage, presque essentiellement allemands et néerlandais, s’est transformée. Beaucoup plus de sang, d’allures et d’équilibre et une sélection par le caractère qui fait oublier les « lourdeurs caractérielles  » d’il y a cinquante ans.

Inutile de souligner l’avantage de ces nouveaux partenaires pour les cavaliers capable de les utiliser. Aussi puissants que les précédents, allégés dans leur modèle, ils passagent et piaffent comme des ibériques et effleurent le sol dans des allongements aériens.

Je viens de retrouver le classement officiel des JO de Barcelone 1992, que je compare avec celui de Londres 2012. L’évolution est époustouflante. A Barcelone, N.Upoff, médaille d’or avec 75.23 % était suivie de I.Werth 74,97 %, k. Balkenhol 72,08 % et M. Théodorescu 71,31 %, ensuite on passait de 69 % à 55 %, la quarante huitième.

A Londres, C.H. Dujardin s’offre l’or avec 83.70% suivi de A.Cornelissen 81.68%, H.Langehanenberg 81,14 %, ensuite 25 cavaliers entre 79% et 70,45 %, enfin 17 cavaliers entre 69,75 % et 65 % le dernier. Le jury de Londres notait pourtant nettement plus sévèrement que celui de Barcelone, croyez moi, nous y participions. L’exigence des juges et leur compétence n’ont cessé de progresser depuis quarante ans, l’amplitude et la cadence des allures aussi ainsi que le relèvement du passage et du piaffer, le tout dans une rigueur de plus en plus grande.

Là n’est pourtant pas l’évènement que nous voulons saluer et qui éclate dans ces Jeux : l’apparition sur le plus prestigieux plateau sportif du monde d’un dressage qui rompt avec la méthode dure imposée depuis 60 ans et qui gagne !

Le niveau de précision et le développement des allures atteint étaient jusqu’alors indiscutable, la correction des gestes était acceptable dans les mouvements de côté comme dans les extensions. On s’était habitué à des passages et piaffers appuyés sur la main et entachés d’un mouvement d’épaule et de tête. Les encolures soutenues par des mains hautes étaient la marque de mise en main obtenue davantage par des moyens artificiels que par des exercices classiques. On se satisfaisait de l’ensemble, bien que les muserolles bloquées contenaient des mâchoires crispées. C’est à Londres qu’apparurent au côté des triomphateurs habituels un certain nombre de cavaliers remarquables par la discrétion et la délicatesse de leurs mains, le contrôle léger de leur monture, la finesse et la souplesse de leur assiette. Une équitation simplement plus humaine mais tout aussi rigoureuse, qualifiée curieusement de moderne par les commentateurs. Elle est plutôt marquée par un retour aux sources classiques enrichis il est vrai par cette intense propulsion propre à l’équitation moderne.

Ces réformateurs qui insistent sur la non opposition des mains et des jambes, l’entrainement avec les nuques basses et rondes, une décontraction constante et une propulsion vigoureuse, se sont présentés au côté des mécaniques de précision et ont gagné. Ils sont portugais comme le remarquablement discret Gonçalo Carvalho, italien comme l’élégante Valentina Truppa, allemand comme Hélen Langehanenberg et le fabuleux Damon Hill, ou anglais comme Charlotte Dujardin et Karl Hester, incarnation de l’équitation fine et légère du Maître Oliveira.

Merci à eux et aux juges qui les ont distingués.