école de Dressage de Michel et Catherine Henriquet

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le 11/12/2014 à 14:48

je viens d'apprendre avec beaucoup de tristesse, par le biais de l'association allege ideal, la disparition de michel HENRIQUET.

je suis depuis de nombreuses années les performances équestres de catherine dont je suis une ardente admiratrice.
j'ai découvert, à l'occasion d'une dédicace improvisée, un matin sur un concours de dressage, Michel Henriquet.
cavalière amatrice, j'étais très impressionnée de le rencontrer. a ma grande surprise j'ai découvert un homme d'une extreme gentillesse, possédant une culture equestre extraordinaire, une philosophie du travail du cheval exemplaire et aimant pardessus tout les chevaux..

depuis ce jour, j'ai toujours eu grand plaisir à échanger avec lui sur les terrains de concours, comme lors de ma visite aux ecuries de la panetiere, il y a quelques années.

il nous manquera car il était un ardent défenseur de la belle équitation académique française que nous avons bien du mal à conserver...

sincères amitiés à catherine
 
le 11/12/2014 à 09:08

L’annonce du décès de Michel Henriquet vient de nous frapper. C’est un autre pan de ma jeunesse équestre qui disparaît. Après la mort de Nuno Oliveira, Fernando D’Andrade, Diogo de Bragance, Professeur Da Costa, Arsenio Cordeiro et la grave maladie de Guilherme Borba, c’est la fin de l’époque héroïque de l’Équitation Portugaise qui s’annonce. C’est ce petit pays, très ancien, qui nous avait ramenés à la pensée équestre juste dans le désert des années 60 et 70. C’est bien Michel Henriquet (avec René Bacharach et Jean Persin de Lauret a un moindre degré) qui a été la force impulsive de tous les aspirants français à cette équitation d’équilibre et de finesse qui disparaissait. Notre première rencontre remonte presque à 50 ans, dans le petit manège de Bailly ou mon mentor Georges Caubet m’avait amené un samedi matin de 1965, quand j’ai vu un cheval vraiment léger et vibrant pour la première fois. J’ai oublié le nom de ce merveilleux Lusitanien, mais son image est encore bien vivante dans mon esprit et je n’ai jamais cessé de tacher de l’émuler de mon mieux. L’influence de Michel a toujours été présentée dès le début de ma quête du dressage a cause de l'impact qu'il a eu sur ma vocation quand j'avais 15 ans. L’inspiration que j’ai ressentie a ce moment la m’a conduite, sur son conseil, chez Maitre Oliveira et a défini ma vocation professionnelle formulée lors de cette première rencontre.

Je n’ai jamais perdu le contact avec lui, malheureusement devenu très épisodique à cause de ma résidence hors de France, mais nous nous sommes croisés de temps en temps dans les manèges du Portugal. Après de nombreuses conversations téléphoniques depuis les USA ces deux dernières années, Michel et Catherine m’avaient invité à donner un stage dans leur écurie d’Autouillet en Mars de 2014. Cela a été l’occasion de renouer notre amitié et de partager l’évolution de nos idées équestres. À 91 ans, Michel était toujours aussi curieux de l’équitation, enthousiaste pour suivre son évolution et surtout ouvert au doute sain qui doit animer tout chercheur intellectuellement honnête. Je tiens d’abord à redire à Catherine Henriquet à quel point son hospitalité et celle de Michel, leur support et les commentaires qu’ils m’ont adressés m’ont comblé, tant d’un point de vue professionnel que personnel. Michel faisait partie des très rares écuyers qui peuvent donner à un travail de recherche équestre une perspective historique sérieuse dans le continuum de l’équitation, car il savait l’examiner avec l’autorité incontestable que lui donnait une culture équestre de premier plan jointe à une expérience pratique considérable.

Comme Michel, mon but est l’éducation des cavaliers respectueux de leur partenaires, ceux qui sont vraiment intéresses à produire des chevaux vibrants, légers, heureux et confortables et ont simplement besoin des meilleurs moyens techniques pour y arriver, sans idées préconçues et surtout sans esprit de chapelle. Nuno Oliveira répétait souvent que la seule vraie raison pour justifier tout le travail que nous faisons, c’est l’amour pur du cheval. Il disait aussi que les concepts équestres doivent évoluer en fonction de nos connaissances sans être bloqués par un traditionalisme désuet. Comme son maitre, Michel était un vrai amoureux des chevaux, mais surtout un écuyer extrêmement pragmatique qui savait que cet amour doit se traduire par des progrès techniques propres à aider le cheval physiquement et émotionnellement a long terme. C’est en cela que la technique adéquate est la vraie récompense des efforts de notre partenaire. Michel m’a souvent affirme que les effusions sentimentales, bien que généreuses envers le cheval, ne saurait contrebalancer les dégâts fréquents d’une équitation pratiquée hors d’un équilibre et d’une impulsion relaxés. L’enfer des chevaux est parfois pavé des bonnes intentions de gentils cavaliers qui manquent simplement de techniques efficaces.
Je prends cette triste occasion pour écrire quelques vérités qui, bien que connues de la plupart des experts Européens, méritent d’être répétées à propos de l’importance de la carrière équestre de Michel Henriquet. Souvenons-nous d’abord que sans ses efforts inlassables, la renommée Européenne de Maître Nuno Oliveira n’aurait pas eu la même étendue, et le développement du cheval Lusitanien n’aurait pas eu non plus la mesure que nous avons pu voir en France et dans le monde. L’impact de son exemple, surtout à la lumière de l’expérience olympique de Catherine, ainsi que l’influence de ses nombreux articles de fond dans la presse française, ne doit pas être sous-estimée : tant comme cavaliers, que comme éleveurs, nous sommes tous, sans aucun doute, dans la dette de Michel Henriquet qui sut soutenir passionnément - et avec une persévérance infatigable - les causes auxquelles il adhérait.

Suivre le chemin trace par Nuno Oliveira, c'est devenu très facile aujourd'hui et va presque sans dire. En 1970, ça ne l'était pas du tout, car la majorité des cavaliers de dressage et des « autorités » le considérait alors comme un charlatan ou au minimum un iconoclaste dérangeant les idées reçues. Michel Henriquet navigua contre vents et marées pour faire accepter les idées et la personne de son maitre et « bousculer les évidences d’une époque. » Il ne le fit peut-être pas toujours avec une grande diplomatie, mais certainement avec un courage et une détermination inébranlables qui finirent par convaincre presque tout le monde au bout de nombreuses années d’effort.
En plus de ses innombrables dressages, Il est l’auteur de deux livres, entre autres ouvrages, qui marqueront très certainement la littérature équestre de notre temps. L’un est « Gymnase et Dressage », qui retrace d’une manière tres pratique le cheminement du long parcours amenant le poulain vers tous les airs de la haute équitation. L’autre est « Les Maîtres Français de l’Art Équestre », une œuvre considérable d’érudition et d’exégèse qui nous ramène, par les questions qu’il pose avec lucidité, à une vue beaucoup plus réaliste des contributions de nos auteurs de référence. Il sera dit un jour par les analystes honnêtes de notre histoire équestre que l’œuvre écrite de Michel Henriquet n’a rien à envier à celle, d’une importance considérable, du Général Decarpentry. Au risque d’être vu comme un iconoclaste, ce qui n’est nullement mon intention, je tiens à être le premier à le dire, car nous méritons tous d’être reconnu pour nos contributions a l’art qui nous passionne, surtout quand elles ont l’importance de celles de Michel Henriquet.
Homme généreux, ombrageux, assidu à sa recherche, honnête jusqu’au bout de ses idées, exigeant, voire intransigeant avec ses élèves comme avec lui-même, curieux infatigable qui, après avoir tout appris de la sagesse des anciens, cherchait encore des idées nouvelles chez les plus jeunes générations 70 ans après avoir commencé sa quête équestre. Michel Henriquet a été un écuyer très efficace, à la fois disciple et promoteur fondamental du Maître Nuno Oliveira, défenseur infatigable autant de l’équitation juste que du bien-être du cheval. Il a été un vulgarisateur sans égal de la tradition équestre française. Il a su par ses dressages et son professorat quotidien raviver le lien entre la tradition classique et la compétition moderne avec un succès indiscutable, tout en étant le premier avec Catherine à donner une place d’honneur au cheval ibérique dans l’arène olympique.

Le but de chaque écuyer sérieux doit être de bien comprendre la contribution du passé et d’ajouter une pierre, aussi modeste soit-elle, à l’édifice. Ce que je fais aujourd’hui dans mes dressages est le fruit d’une longue recherche qui a commencée à Bailly dans le manège de Michel Henriquet et est passée par beaucoup de détours, certains utiles, d’autres moins. Je crois avoir aujourd’hui l’embryon d’une méthodologie qui aidera beaucoup de chevaux à être plus confortables dans leur travail et de cavaliers à atteindre des buts souhaitables, quels que soit la spécialité qu’ils choisissent. Je dois à la générosité de Michel Henriquet de m’avoir mis sur le droit chemin au départ de ma carrière et aujourd’hui, je lui dois encore, à lui et à Catherine, de m’avoir donné l’opportunité de partager l’état actuel de mon travail avec eux et les enthousiastes français de la bonne équitation.

Michel n’a jamais hésité à affirmer ses opinions positives ou non sur la chose équestre et c’est cette franchise courageuse, alliée à d’immenses connaissances, qui leur donnent toute leur valeur. Dans un monde équestre trop souvent marqué par la mesquinerie des incompétents, la générosité morale et l’honnêteté intellectuelle de Michel Henriquet sont des qualités très rares qui auront été d’une importance capitale pour l’éducation de très nombreux cavaliers de plusieurs générations, tous passionnément intéressés par les chevaux et leur dressage.

Les morts deviennent parfois des saints. Nuno disait que dans sa vie « il avait été beaucoup déteste et beaucoup adore, et les deux à tort. » Ses élèves adorateurs ne lui ont pas toujours rendu service, car ils ont adoptes le vernis et pas toujours le fond de sa méthode. L'équitation de Nuno était basée sur quelques principes, mais surtout une grande intelligence qui lui permettait de créer des enchaînements d’exercices qui amenaient le cheval au résultat souhaite sans presque qu’il s’en rende compte. Son habileté représentait la somme de beaucoup de petits détails qu’il expliquait dans ses leçons. C’était une équitation pratique, plus que de forme ou de théorie, et elle pouvait être appliquée à toutes les spécialités équestres. Michel - et très peu d'autres - ont su s'en servir pour améliorer l'équitation de concours, de dressage, de saut, de tauromachie, et pas seulement pour une équitation de salon.

Oliveira cherchait « la perfection des choses simples ». J'ai moi-même appris plus de lui en débourrant ses poulains qu'en montant les « taxis » deux fois par jour (comme il appelait gentiment ses chevaux de leçons). Son idée centrale était l'impulsion qui créait la domination absolue des chevaux dans le respect et l’amour. La légèreté de ses chevaux venait de l’équilibre ainsi crée comme une conséquence de cette approche très progressive. Ses élèves qui ont commencé par la légèreté à tout prix n'ont pas très bien réussi car leurs chevaux n'avaient pas toujours assez d'impulsion pour créer l'équilibre qui donne éventuellement cette légèreté tant désirée. Michel Henriquet a suivi les traces de son Maître, mais il a su aussi faire la part des choses et malgré l’admiration - on peut dire l’amour - qu’il lui portait, il a toujours été un observateur lucide et jamais un sycophante. C’est ce qui lui a permis d’assimiler les apports d’autres cultures équestres sans aucun parti-pris et tout en restant dans le droit fil d’une équitation saine.

Le grand entraîneur Portugais Francisco Cancella D’Abreu, professionnel du dressage international, considère que « Michel Henriquet a été en avance de 15 ans sur la majorité des élèves d’Oliveira. » Un de ses grands talents a été « de rejeter la part de mystère qu’on attribue aux chose savantes » comme disait un de ses élèves, car la vraie équitation consiste à perfectionner les bases. L’enseignement de qualité demande la simplification (mais pas le simplisme) qui éclaire le sujet, plus que la complication qui mettra le professeur sur un piédestal tout en obscurcissant la vérité et en confondant l’élève. Dresser les chevaux, ça consiste essentiellement à connaitre quelques principes et mille détails. Si on oublie les principes ou si on n’a pas le détail indispensable dans un moment donne, aucun grand discours philosophique n'aidera le cavalier à dresser son cheval.

Nuno Oliveira se moquait souvent « des français qui font des grandes théories équestres » et il préférait se concentrer sur le côté pratique des choses. Michel avait la même approche, car il savait bien que changer un tout petit détail suffit souvent à régler un problème. Jusqu'au bout, il a été curieux du détail qu'il ne connaissait pas encore. La curiosité, c'est le carburant de l'espoir de faire mieux, demain. C'est ça la grande leçon de Michel Henriquet : toujours curieux à 91 ans, il regardait l'avenir plus que le passe, le nouveau cheval plus que ceux déjà dresses. Il était incontournable de son vivant dans le paysage équestre français, mais nous saurons nous souvenir des leçons de curiosité, d'enthousiasme, d'honnêteté, de loyauté, de persévérances et d'espoir qu’il nous a données et qui transcendent sa disparition.

Jean Philippe Giacomini, 11 Déc. 2014
 
le 10/12/2014 à 22:15

Quelques images, des moments particuliers, tournent en ma m?moire. Et me revient cet ?crit ? la suite d?une visite en 2005 :
"Il est venu s'asseoir avec nous, commente, raconte, s'enflamme, digresse, revient, avec la m?me l?g?ret?, la m?me douceur qui ?manent des centaures ?voluant sur la piste. Pour appuyer la r?ponse ? une question, il n'h?site pas ? demander tel exercice au cavalier qui travaille.
On s'impr?gne, on engloutit, on accumule, on prend en bloc, on diss?quera plus tard et l'on esp?re que notre cerveau retiendra quelques infimes bribes ? retranscrire dans notre propre corps au fur et ? mesure de notre travail ? cheval. On d?taille un geste, rectifie une croyance, imprime un mouvement. Pourvu que l'on se souvienne du maximum.
Le sentiment immense d'avoir re?u est le plus grand des espoirs pour tendre vers ce ? quoi l'on croit.
Le?on ?questre et de vie, de rigueur, d'ardeur calme; souplesse et tonicit? du dos comme de ses actions, de ses pens?es. Rassembler ses id?es, ses gestes, son corps et concentrer ses d?sirs sur les muscles dorsaux et son souffle de vie, et ainsi rassembler son cheval. Travailler sur soi pour le travailler; gr?ce ? nos chevaux, devenir ?tre dans sa compl?tude; ?tre ? son cheval pour ?tre ? soi-m?me et aux autres."

Je le qualifierai volontiers d'humaniste ?quin.
Claire la Gapounaise.
 
le 10/12/2014 à 17:24

Nous ?tions encore il y a fort peu chez lui.

Comme il semblait aller bien, malgr? les ennuis de sant? inh?rents ? l??ge. Il fallait courir pour le rattraper lorsqu?il marchait, tant son pas ?tait vif. Il fallait serrer les fesses lorsqu?il conduisait sa voiture, parce qu?il roulait ? vitesse prohib?e tout en vous racontant une ou deux de ces anecdotes dont il ?tait si friand. Il fallait le voir d?guster son couscous, un plat qu?il appr?ciait particuli?rement. Sa conversation intarissable nourrissait la tabl?e mieux que n?importe quel d?lice. Catherine l??coutait, pas toujours d?accord, car il n?en avait pas fait un triste ?pigone.

Nous n??tions pas, nous non plus, toujours d?accord et c?est peu dire. Mais, que l?on soit petit ou grand, pourvu qu?on mont?t, il se montrait curieux de vous. Peu lui importait qu?on l?aim?t, il n?avait plus l?app?tit des disputes, m?me s?il pouvait s?emporter encore pour un appuyer trop comme ceci ou trop comme cela.

Il offrait son man?ge ? toute personne, pourvu qu?elle f?t praticienne, car de philosophie sans action il ne voulait plus. Il avait bataill? ferme dans sa vie, il avait eu le verbe dur parfois, il admettait s??tre montr? injuste avec quelques-uns, mais ? son pire d?tracteur il aurait confi? son meilleur cheval pourvu que celui-ci d?montr?t ses principes en selle.

? Piti? pour mon cheval ! ? avait-il un jour implor? ? destination d?une cavali?re qui martyrisait la bouche de Miguelista, et il avait joint les deux mains com
 
le 20/04/2011 à 11:03
Jean-Philippe (Laon, France)

Je bénis ce jour de février 1978 qui m'a fait pousser un peu par hasard la porte du petit manège de Bailly...

Michel fut pour moi un Maître au sens noble du terme. Si je suis devenu celui que je suis aujourd'hui, c'est avant tout à lui que je le dois, parce que, plus que mon équitation, c'est ma vie qu'il a marquée.

Avec toute mon amitié fraternel à Catherine.

Jean-Philippe
 
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